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2010년 2월 27일 토요일

Quelle démocratie après Habermas ?

Réflexions sur la post-démocratie / par Daniel Schulz [22-02-2010]
Quelle est l’actualité de la réflexion démocratique après Habermas ? Deux politistes tentent de dépasser l’opposition entre représentation et participation, tout en se penchant sur les raisons du déficit démocratique au niveau européen. Le réveil de l’esprit démocratique passe, selon eux, par une participation accrue et la structuration de conflits politisés.
 
Demokratie. Zumutung und Versprechen   Wie Demokratien leben
Recensés : Christoph Möllers, Demokratie. Zumutung und Versprechen, Berlin, Verlag Klaus Wagenbach 2008.
Paul Ginsborg, Wie Demokratien leben, Berlin, Verlag Klaus Wagenbach 2008.

 

Vingt ans après la chute du Mur, la situation de la démocratie semble paradoxale : d’une part, elle est le seul vainqueur de la sanglante compétition des systèmes politiques du XXe siècle. D’autre part, elle fait face, depuis quelques temps, à un défi précisément nommé : « post-démocratie » est le terme que les commentateurs ont choisi pour décrire l’état des systèmes occidentaux. Nos formes de vie politique peuvent-elles encore être comprises comme des démocraties ? Ou cet ancien concept, porteur de tant d’espoirs, est-il relégué aux oubliettes par cette sceptique auto-qualification ?

 

Interprétations post-démocratiques de la démocratie

Actuellement, le débat européen sur la « post-démocratie » est intense et largement répandu. Les interpellations de Danilo Zolo, Jean-Marie Guéhenno et Colin Crouch ont suscité une attention certaine, au-delà même du cercle des théoriciens politiques . Le scénario le plus souvent envisagé met en scène une communauté dénuée de tout pouvoir, qui, malgré sa façade démocratique, est dominée par des lobbies ou des groupes d’intérêts et qui a abandonné sa capacité décisionnelle à des structures oligarchiques invisibles. Pourtant, dans l’ombre de ce débat, quelques essais méritent d’être pris en considération. Ceux-ci livrent une interprétation inédite de la démocratie, et, dans le même temps, développent un raisonnement qui ne débouche pas sur une sceptique résignation, mais plutôt sur une promesse de liberté qui offre un nouvel élan à cet ordre politique. La maison d’édition berlinoise Wagenbach tente, à l’aide d’une nouvelle série d’essais, de créer un forum de discussion et de déplacer l’attention portée aux diagnostics pessimistes vers des réflexions plus constructives, qui envisagent une échappatoire à la démocratie.

 

La question posée par Paul Ginsborg – « comment vivre la démocratie ? » – renvoie à un moment-clé de ces réflexions : la thèse centrale tient dans la compréhension de la démocratie, qui ne peut être réduite à la fonction d’une forme de gouvernement, d’un système décisionnel, mais doit être envisagée comme une forme de société et de vie, telle que Tocqueville la décrit dans son livre fondamental De la Démocratie en Amérique. Christoph Möllers, constitutionnaliste, défend une semblable compréhension socioculturelle de l’ordre démocratique : la démocratie « exprime le mieux comment nous nous comprenons nous-mêmes : en tant que personnes libres, sous la reconnaissance mutuelle de la liberté de tous les autres » (p. 13).

Pour les deux auteurs, il ne s’agit donc pas de développer une idéologie pure, une « justification » philosophique de la démocratie ; ils ont à cœur de dégager un horizon d’argumentation qui préconise une compréhension pragmatique de la démocratie. Ainsi, parmi les références théoriques de Christoph Möllers, on trouve certes Kant et Rousseau, mais aussi John Dewey et Richard Rorty, qui ont toujours considéré leurs réflexions théoriques démocratiques comme une interprétation liée au contexte de la communauté politique et participant à son discours identitaire.

 

L’effort pour sortir des sentiers battus des théories démocratiques unit Ginsborg et Möllers. La controverse sur la démocratie a longtemps été définie par les antagonismes entre les approches représentatives et les approches démocratiques directes. Aussi bien Ginsborg que Möllers essaient, dans leurs réflexions, de remettre en question cette contradiction idéologique, afin d’adopter une perspective dans laquelle participation et représentation n’apparaîtraient pas comme antagonistes. D’ailleurs, ils procèdent sans recourir à la rhétorique de la « troisième voie » (elle aussi chargée de représentations idéologiques), ce qui donne à leurs essais une fraîcheur bienvenue.

Comment ces deux auteurs réagissent-ils par rapport aux diagnostics de la post-démocratie ? Celle-ci est considérée comme une occasion pour repenser l’identité et les formes de la communauté démocratique, car, quand on annonce leur mort, les démocraties se retrouvent démunies : elles ressemblent, comme dit Ginsborg, à un « empereur sans ses habits ». Quels habits proposent donc Ginsborg et Möllers pour dérober le prince à sa nudité ?

 

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2010년 1월 16일 토요일

M.Löwy,09)Critique (romantique) de la Civilisation chez W.Benjamin

 > Emission diffusée le 02 Novembre 2009

Conférence. La critique (romantique) de la Civilisation chez Walter Benjamin
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture/nouveau_prog/connaissance/alacarte_fiche.php?src_id=30&diff_id=260000170
Enregistré le 19 octobre 2009

 

issue de

LÖWY Michael, La critique (romantique) de la Civilisation chez Walter Benjamin
Lun 19 oct (18h30-20h30) 2009, Centre Parisien d'Études Critiques, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris.

 

La Zivilisationskritik romantique est souvent passéiste et conservatrice. Chez Walter Benjamin elle prend une dimension subversive, révolutionnaire. La critique de la civilisation (bourgeoise) moderne et de son mythe du progrès traverse comme un fil rouge l'oeuvre de Benjamin, depuis ses premiers écrits jusqu'aux Thèses de 1940. Partisan d'un « pessimisme organisé », Benjamin a eu l'intuition des catastrophes qui attendaient le 20ème siècle, mais il n'a jamais abandonné l'espoir utopique, messianique et libertaire.

 

Michael Löwy, directeur de recherches émérite au CNRS, auteur notamment de Walter Benjamin. Avertissement d'incendie, Paris, PUF, 2001 et Sociologies et religion, approches dissidentes (avec Erwan Dianteill), PUF, 2006.
Discutant : Enzo Traverso, maître de conférences en sciences politiques à l'université d'Amiens. Auteur d'une dizaine d'ouvrages traduits en plusieurs langues, dont, dernièrement : Le passé, mode d'emploi. Histoire, mémoire, politique, La Fabrique, Paris, 2005 ; et A feu et à sang. De la guerre civile européenne 1914-1945, Stock, 2007.

 

Pour en savoir plus : Voir le site du Collège de philosophie

2010년 1월 8일 금요일

진실에의 용기 (푸코,1984,2009-i)

Livres - Le Gouvernement De Soi Et Des Autres T.2 ; Le Courage De La Verite ; Cours Au College De France (1984) Le Gouvernement de soi et des autres II : Le Courage de la vérité, Gallimard, Paris, 2009, 334 p. [작년에 나온 푸코의 마지막 강의록]


편찬자 소개문

Le cours intitulé " Le courage de la vérité " est le dernier que Michel Foucault aura prononcé au Collège de France, de février à mars 1984. Il meurt quelques mois plus tard, le 25 juin. Ce contexte invite à entendre dans ces leçons un testament philosophique, d'autant plus que le thème de la mort est très présent, notamment à travers une relecture des dernières paroles de Socrate, que Foucault, avec Dumézil, comprend comme l'expression d'une profonde gratitude envers la philosophie, qui guérit de la seule maladie grave : celle des opinions fausses et des préjugés. Ce cours poursuit et radicalise des analyses menées l'année précédente. Il s'agissait alors d'interroger la fonction du " dire-vrai " en politique, afin d'établir , pour la démocratie, un certain nombre de conditions éthiques irréductibles aux règles formelles du consensus : courage et conviction. Avec les cyniques, cette manifestation du vrai ne s'inscrit plus simplement à travers une prise de parole risquée, mais dans l'épaisseur même de l'existence. Foucault propose en effet une étude décapante du cynisme ancien comme philosophie pratique, athlétisme de la vérité, provocation publique, souveraineté ascétique. Le scandale de la vraie vie est alors construit comme s'opposant au platonisme et à son monde transcendant de Formes intelligibles.
 

총 9강의 내용/목차

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해설 (아래 서평 요약)

 

푸코가 죽기(1984/06/25, 57세(1926/10/15~)) 3개월 전, 그러니까 1984년 2월과 3월, 총 9주 동안에 꼴레즈-드-프랑스(Collège de France)에서 한 마지막 강의 아홉 편을 묶은 책이 2009년 1월 22일에 나왔다 (CDF에서의 마지막 14년 동안의 강의록 13편 중에서 미간행은 이제 5편 남았다: 1971,72,73,80,81). 이 강의록에 붙여진 이름은 <진리에 대한 용기>이고 <자기와 타자의 통치>라는 직전 년도 강의록(2008-i 출간)의 속편으로 "자기와 타자~ II'라는 부제를 달고있다. 스스로의 죽음이 임박했다는 것을 직감했는지, 여기서 푸코는 '죽음'이라는 말을, 특히나 소크라테스의 마지막 말씀들을 다시 읽는 과정에서 많이 사용한다고 책의 '편집자 소갯글'(위)은 알려준다. '진실 말하기', '용기', '확신' 등의 정치적 의미와 민주주의를 위한 역할에 대한 고민이 이 마지막 강의에서 행해지는 모양이다. 소크라테스, 플라톤, 파레지아(*), 이 세 개가 키워드이다.

(*) Parrhesia (παρρησία) [ par-rez'-i-a  from Gk. para, "beyond" and resis, "speech"  Also sp. parresia, parisia; eleutheria licentia  parrhesy, the licentious, candour]
'파레지아'는 -아래 더보기의 '위키' 설명에 따르면- 고대 그리스 수사학에서 '전부를 말하기', '솔직하게 말하기', '용기로 말하기', 등을 의미하는데, 단지 '말하기의 자유'만이 아니라 사적 위험을 무릅쓰고 공공선을 위한 '진실 말하기의 강제'까지도 함축한다. 푸코는 이러한 수사학적 개념을 수사학 밖의 일반 담론 양식으로 발전시키는데, 이는 데카르트적 '자명한 진리' 개념처럼, 진리와 필연적 관계를 갖지 않는 검토나 비판의 말씀들에 의심을 품기 위한 조치이다. 물론, 중요한 것은 이런 방법론이 아니라, 진실·진리에 대한(말 할) 용기, 용기를 위한 자기 통치력, 사적 통치력의 정치화, 정치적 민주주의의 진의(진리) 찾기 등의 여정이겠다.

sur la parrhèsia  

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'파레지아'(parrêsia)란 애초에는 연설자가 인민 총회에서 연설을 할 때의 솔직함·진실성을 의미했다. 즉, 연설자가 사실이라고 믿는 것을 -설령 그것이 청중들의 귀에는 거북하게 들릴 수 있는 것이라 할지라도- 조금의 숨김도 없이 드러내는 '진실-말하기'(parler-vrai)가 '파레지아'의 본 뜻이다. 그런데 아테네 민주주의는 선동가와 소피스트들에 의한 아름다운(아름답게 꾸민) 연설 류로 인해 점점 더 타락의 길을 걷고 있었으며, 바로 이 지점에서 정치적 파레지아는 -민주주의가 아닌- 다른 정체의 형태 속으로 피신을 하게 되는데, 그것이 바로 군주제(monarchie) 이다. 이제 파레지아는 참모가 군주에게 제공하는 '가식없는 자유'(올곧은 조언)가 된다. 가식없는 자유! 여기서 파레지아의 비극이 시작되는데, 군주란 자고로 전제군주(tyran)로 변질될 잠재성을 늘 가지며, 전제군주는 참모의 직설보다는 아첨을 선호하는 경향성을 또한 갖기 때문이다. 결국 파레지아는 '진실-말하기' 속에 일종의 내재적 위기를 언제나 갖고 있는 것이며; 만약에 이런 위기가 없다면, 정확히 말해서, 파레지아(의 존재이유)는 없게된다.

 

파레지아가 갖는 이런 진퇴양난의 존재론적 처지(위기)의 애매한 양상이, 푸코에 따르면, 이후 모든 서양철학의 윤리적 행보를 결정짓게 되는데, 구체적으로는 '자기(자기존재·정체에 대한) 고민'(souci de soi)의 문제로 나타난다 (cf. 소크라테스의 "너 자신을 알라"). 자기가 스스로에게 메스를 들이대고 찾아가는 진실·진리란 결코 쉬운 획득(인식)의 대상이 아니므로, 바로 여기가 '진리에의 용기'(courage de la verite)가 요청되는 지점이겠다.

 

플라톤은 이러한 진리의 거처(거주지)를 영혼이라 했고, 이 영혼을 탐색하고 해독(풀기)하는 것이 철학이며, 철학은 고로 정신-이성-로고스의 다른 이름이 아닌 게 된다. 그러나 이게 다는 아니고(기초일 뿐이고), 플라톤의 정치철학적 시각에서의 진리는 삶이라는 내 몸과 네 몸이 부대끼고 다투는 일상의 이면에 있는, 즉 삶의 껍데기(그림자)에 묻혀버린 허상이 아닌 사회적·정치적 삶의 진면모를 찾아가려는 노력인 것이다. 결국 참된 삶을 산다는 것은 기존하는 허상(가식-허구-사기-반동)을 넘어 좀 다른 삶을 찾아가는 것이며, 그것이 바로 '자기고민'과 '진리찾기'가 겨냥하는 것으로, '지금-내-눈-앞의-것'을 거부하고 보이지 않는 '좀-다른-세상'에 희망을 걸 수 있는 용기에 의해 가능하다는 말이다. 그래서 <진리에의 용기> 이다. [아래 더보기 서평에서 강조된 곳 전·후로 번역 ; 굵은체 강조는 글쓴이의 것이고 색깔강조는 내 것.]

 

서평 (불문)

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2009년 12월 22일 화요일

Tocqueville, la nature de la démocratie (Manent,82)

http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/articles.php?lng=fr&pg=8621
Fiches de lecture - Tocqueville et la nature de la démocratie
Pierre Manent, Gallimard 1982, Réédité en 2006
Fiche rédigée par Laurence Hansen-Love

 

Introduction

En offrant à ses contemporains le compte rendu réfléchi du voyage qu’il accomplit aux Etats-Unis de mai 1831 à février 1832, Tocqueville s’est donné pour mission d’être un «éducateur politique». Dans son pays - la France - déchiré entre les partis, certains redoutent, d’autres espèrent la continuation de l’avancée de cette démocratie dont une formule de l’époque dit qu’elle «coule à pleins bords».
Tocqueville nous fait tout d’abord part d’un émerveillement : la République américaine a été fondée en pleine connaissance de cause par des individus particulièrement entreprenants, compétents et doués. L’Amérique représente en ce sens l’idée claire de la fondation libre, datée, maîtrisée, tandis que l’Europe en représente le pôle obscur et convulsif. En Amérique, la Providence est généreuse et maternelle, alors qu’en Europe la Providence, ou nécessité telle qu’elle fut portée par l’Histoire, a débouché sur la Terreur. La clef de la démocratie américaine se trouve donc dans les traits qui distinguent l’Amérique de l’Europe. Ces différences, aussi considérables soient-elles, servent cependant à mettre en valeur le «Même», c’est-à-dire ce que la démocratie américaine et la démocratie européenne ont en commun, à savoir l’égalité des conditions.
L’égalisation des conditions est à la fois le fil conducteur de l’histoire européenne et le fait générateur de la République américaine, fille de l’Europe.

 

Chapitre premier. La définition de la démocratie

«Parmi les objets nouveaux qui, pendant mon séjour aux Etats-Unis, ont attiré mon attention, aucun n’a plus vivement frappé mes regards que l’égalité des conditions […] (quand je reportais ma pensée vers notre hémisphère) je vis l’égalité des conditions qui, sans y avoir atteint comme aux Etats-Unis ses limites extrêmes, s’en rapprochait chaque jour davantage …».

L’ «égalité des conditions» ne caractérise pas un régime politique mais une mentalité, un état social. De cet «état social» résulte évidemment un régime politique, celui dans lequel le peuple est souverain … Tocqueville affirme aussi que le principe de la souveraineté du peuple est le principe «générateur» de la démocratie américaine. Il semble donc hésiter entre une détermination essentiellement sociale et une détermination essentiellement politique de la démocratie. Mais pour finir, ce qui définit la démocratie américaine, ce n’est ni la mentalité ni la forme étatique mais «le principe de la souveraineté du peuple répandu dans la société entière» (chapitre 4 et 5 du tome 1). Il dessine ainsi l’image d’un régime où le lien social est immédiatement politique. Ainsi, aux Etats-Unis, il n’y a de pouvoir que dans la société, mais ce pouvoir invisible que la société exerce sur elle-même est plus présent, plus actif et plus grand qu’aucun pouvoir connu en Europe. C’est ce que Tocqueville nomme le «pouvoir social».


Le pouvoir social (pouvoir que la société exerce sur elle-même) est celui de l’«opinion publique». Il constitue le troisième pouvoir générateur de la démocratie.
Egalité des conditions, souveraineté du peuple et opinion publique toute puissante sont les «trois principes générateurs « de la démocratie. Quel est leur ressort commun?
Les américains voient le monde et conçoivent leurs tâches, leurs droits et leurs devoirs selon l’ opinion fondamentale selon laquelle le peuple est en toute chose souverain. Pour les américains, citoyens et hommes sont des termes équivalents, convertibles l’un dans l’autre: la relation caractéristique de la citoyenneté républicaine - égalité et liberté, égale liberté de tous les citoyens - pénètre tous les aspects de la vie humaine.
En cela la société américaine s’oppose à toutes les autres sociétés dans l’Histoire. En effet, ce qui tenait ensemble les sociétés précédentes et les sociétés autres, c’est une «hiérarchie de patronages». Au contraire, aux Etats-Unis, aucune influence de famille ni de corps ne se laisse apercevoir «souvent même on ne saurait y découvrir d’influence individuelle un peu durable». Les progrès de la démocratie n’y font qu’un avec l’érosion des influences individuelles.


Est-ce encore une société cette collectivité dans laquelle personne ne dépend plus de personne ni ne reconnaît plus l’autorité de personne? N’est-ce pas plutôt une «dissociété»? Le «Far-west» est l’illustration de cette situation, mais Tocqueville y voit la limite extrême de la démocratie et non sa vérité. La caricature de la démocratie (le Far-west, la «dissociété») n’est pas la démocratie.

 

 

Chapitre II. Démocratie et aristocratie


Le ressort de l’ensemble de l’ouvrage de Tocqueville est la comparaison entre l’homme aristocratique et l’homme démocratique ; il s’agit de deux types humains. Toutefois ce qui intéresse Tocqueville est l’homme démocratique, et le portrait de l’homme aristocratique n’est brossé que pour servir de toile de fond à celui de l’homme démocratique.
Il ne s’agit pas d’une opposition entre deux époques, l’une étant dépassée (la période aristocratique) mais d’une opposition qui reste active au sein même du régime dominé par les valeurs de la démocratie.
On sait que rien, dans une démocratie, ne doit échapper au pouvoir de la société sur elle-même («pouvoir social»). Il faut donc écarter et affaiblir tout pouvoir susceptible d’exercer une influence indépendante. En l’absence d’une aristocratie de naissance, seuls les riches sont capables de former au sein de la société une sorte d’Etat dans l’Etat, ou en tout cas une société particulière soustraite à l’influence de la majorité. En démocratie, la richesse est tolérée mais elle doit rester une affaire strictement privée et ne garantir en aucun cas à ceux qui la possèdent une position sociale reconnue et influente.

Les conceptions de la liberté sont également opposées. Chez les anciens, la liberté est l’usage d’un privilège. Chez les modernes, elle est l’usage d’un droit commun. La liberté aristocratique est donc fondée sur une idée fausse : selon cette idée, seuls certains hommes sont faits pour être libres. Cependant cette idée fausse a produit des effets positifs voire extraordinaires : elle a stimulé les plus grands peuples, et elle a aussi conduit les peuples soumis à voir dans l’obéissance une vertu.
Au contraire, la liberté démocratique est une idée juste qui peut avoir de mauvaises conséquences : les hommes libres sont des hommes séparés les uns des autres. Cette conception leur prescrit de ne jamais obéir à quiconque (dans le cas contraire, je perds l’estime de moi-même). Obéir ne va plus jamais de soi en démocratie. Aucune influence intellectuelle ou morale n’est tenue pour légitime. Pourtant, en démocratie il faut aussi obéir. Même libre, l’homme démocratique doit obéir, ne serait-ce qu’à lui-même! Il faut donc que le citoyen sache commander et qu’il accepte d’obéir aussi, selon les cas. Mais la grande majorité des citoyens a plus d’occasions d’obéir que de commander. Elle obéira par conséquent à ce que la majorité décide en son nom, mais sans admettre totalement le bien-fondé d’une telle obéissance. En d’autres termes, l’extension de la liberté à tous en change la compréhension, et, finalement, la liberté égale pour tous finit par contredire ou annuler la liberté de chacun. L’idéal de la société démocratique finit par mettre en péril la société démocratique. Pour être égaux, les individus sont indépendants et séparés. Ils sont donc faibles. «L’égalité place les hommes à côté les uns des autres sans liens qui les retienne». En cela elle se rapproche du despotisme qui fait de l’indifférence une sorte de vertu publique (car il faut diviser pour régner). «Le despotisme, qui est dangereux dans tous les temps, est donc particulièrement à craindre dans les siècles démocratiques». (II, p 109)

La liberté constitue pourtant en même temps le remède à ces maux que l’égalité engendre. En Amérique, les associations recomposent sans cesse le tissu social que l’égalité des conditions tend à défaire.
La démocratie défait le lien social, et le refait, autrement. On peut dire pour conclure que la démocratie formelle est le remède aux maux produits par la démocratie réelle.

 

 

Chapitre III. La force de l’égalité démocratique


Les sociétés démocratiques ne viennent pas à bout de l’inégalité, mais elles introduisent la mobilité sociale : «il y a encore une classe de valets et une classe de maîtres ; mais ce ne sont pas toujours les mêmes individus, ni les mêmes familles qui les composent ; et il n’y a pas plus de perpétuité dans le commandement que dans l’obéissance» ( II, p 188). Et pourtant, si les conditions se rapprochent, les personnes s’éloignent. Le domestique et le maître restent étrangers l’un à l’autre. Les hommes ne sont égaux que pour l’imaginaire démocratique. Dans la réalité, ils ne sont égaux ni en fait, ni en droit. En démocratie, en effet, de nouvelles inégalités apparaissent sans cesse : la science industrielle «élève sans cesse les maîtres» et abaisse les ouvriers, de plus en plus démunis face aux défis du monde contemporain.
Toutefois, les nouveaux riches ne sont pas l’équivalent des aristocrates de l’ancien régime. Car les riches n’ont pas «d’esprit, ni d’objets, ni d’espérances communes». «Il y a donc des membres, mais point de corps». (p 166)

La nouvelle inégalité est donc le fruit de la nouvelle égalité. Elle engendre toutefois ses antidotes, les associations ouvrières. Et le législateur interviendra en faveur des plus démunis. Car, plus la société est décomposée en ses éléments, plus elle doit recourir, pour continuer d’être soudée, à un pouvoir extérieur. Seul un tel pouvoir est en mesure de réactiver le lien social. Ainsi la société démocratique est régie par le pouvoir central, expression de la souveraineté du peuple.
Cependant, tout ceci reste secondaire par rapport au véritable ressort de la démocratie, sa clef de voûte qui est le pouvoir social.

 

 

Chapitre IV. Le pouvoir social


En démocratie, pouvoir central et pouvoirs locaux ne sont que les instruments dociles du pouvoir social : «Point de refuge pour l’esprit rebelle dans cette société où tout est et se veut un» (Pierre Manent) (lire : «Du pouvoir qu’exerce la majorité en Amérique sur la pensée» (Tome 1, deuxième partie, chapitre 7)

Étant donné que les hommes ne peuvent pas se passer d’opinions, et qu’aucun homme n’est capable de former seul l’immense majorité de ses opinions, il faut bien s’en remettre à d’autres pour former nos jugements… Personne ne peut se passer d’autorités intellectuelles et morales. Or, on l’a vu plus haut, en démocratie, l’idée d’influence individuelle n’est pas tolérée. Aucun homme n’est doué aux yeux de l’homme démocratique d’une autorité naturelle et incontestable. L’idée de respecter ceux qui incarnent le mieux «lumières et vertu» est exclue. Chacun pense «je suis aussi bon qu’un autre», je n’ai donc pas à me soumettre à l’autorité d’un autre. Dans ces conditions, à qui l’homme démocratique va-t-il s’en remettre pour penser? A l’opinion! C’est-à-dire à l’opinion commune, puisque tout autre opinion a perdu toute créance, tout titre d’autorité.

Le résultat est la soumission de tous… à tous! Chacun est courtisan et courtisé, au sein de cette masse commune qui «vit dans une perpétuelle adoration d’elle-même». Chaque individu obéit au «pouvoir social» en ne croyant obéir qu’à lui-même, à lui même en tant que membre de cette masse homogène, ce «conglomérat de semblables» tenu pour la seule source de toute autorité. Même la religion n’y est influente que par ce qu’elle obtient l’adhésion de la masse. Et la contrainte exercée sur les individus est plus grande que nulle part ailleurs. En outre cette disposition produit un goût pour les mots abstraits et les idées générales, exprimant le désir de trouver pour toutes choses des règles communes et d’expliquer un ensemble de faits par une seule et unique cause. Ce «pouvoir social» produit donc un affadissement et un appauvrissement de la pensée. Penser comme les autres, toute légitimité se trouvant par hypothèse dans le nombre, est donc l’horizon de toutes les démarches individuelles.

Finalement, Tocqueville démontre que le présupposé ultime de l’idée majoritaire est que «le plus juste est dans le plus fort» (le plus grand nombre). Pourtant ce «même» par lequel tous les hommes se ressemblent, n’est rien d’humain. C’est pourquoi il (l’homme démocratique) ne peut le penser qu’en le posant hors de lui-même, tel un pouvoir sans limite et légitimé par sa source, la masse. L’emprise de l’idée du semblable sur les consciences est, pour Tocqueville, une transformation de la condition de l’homme.

 

 

Chapitre V. La douceur de la démocratie


L’égalité des conditions a pour corrélat l’adoucissement des mœurs. Dans nos sociétés, tous les hommes se tiennent pour semblables, et chacun s’identifie immédiatement à chacun: « en vain s’agira-t-il d’étrangers ou d’ennemis : l’imagination les met aussitôt à leur place». Mais cette disposition compatissante comporte ses limites, car c’est ce n’est que ce qui est semblable à moi que je vise chez l’autre.

Chez les aristocrates, la compassion ne concerne que ceux auxquels on se trouve lié par le contexte social et politique (famille, serviteurs, classe sociale). Par là même, l’affirmation de soi ainsi que l’oubli de soi pour un proche sont «naturels» .En revanche, en démocratie : «le soi et l’autre s’érodent mutuellement» et si ces sociétés sont douces elles sont aussi sournoisement tyranniques. «Ce qui rend les lois américaines si redoutables naît, j’oserais le dire, de leur douceur même» (I, p 111). Redoutable dans la mesure où le pouvoir social soumet toujours plus complètement l’autre au jugement de la masse : si bien que «la douceur est le baume et le poison des sociétés démocratiques». L’ancien despotisme était violent et restreint. Le despotisme démocratique est doux…mais plus étendu et moins apparent. Le pouvoir absolu de tous n’est pas moins avilissant que celui de quelques uns et Tocqueville redoute une nouvelle forme de despotisme que l’usage partiel de nos droits civiques n’interdit pas.Un usage si court de leur libre arbitre (le vote) : «n’empêchera pas qu’ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d’agir par eux-mêmes et qu’ils ne tombent ainsi graduellement au dessous du niveau de l’humanité». (II, p 326)

 

 

Chapitre VI. L’homme démocratique


Ce qui définit l’homme démocratique, c’est l’individualisme, qu’il ne faut pas confondre avec l’égoïsme.

«L’égoïsme est un amour passionnel et exagéré de soi-même», tandis que l’individualisme est «un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même».Une telle approche tend évidemment à distendre infiniment le lien social. Parallèlement, la société démocratique accorde à tout individu le droit d’avoir une opinion personnelle. Et chacun affiche effectivement des opinions auxquelles il tient, parce que c’est son opinion, mais qu’il abandonnera ou révisera aisément. L’important est d’avoir une opinion, quelle que soit cette opinion…

D’un autre côté, l’homme démocratique est porté au doute puisqu’il ne peut s’incliner devant aucune autorité intellectuelle ou morale. Que lui reste-t-il à vouloir dans ces conditions? La seule passion démocratique qui fait l’unanimité est la passion du bien-être matériel. Le désir d’acquérir et la peur de perdre cumulent leurs effets pour obséder l’âme démocratique et la délivrer de tout autre préoccupations. De sorte que «l’on voit les Américains changer constamment de route de peur de manquer le plus court chemin qui doit les conduire au bonheur». (II, p 143)

Curieusement cette passion de bien être matériel et cette recherche de satisfactions immédiates, combinées à la représentation de l’égalité des conditions, explique le «goût» de l’américain pour la guerre. «Ils ont prêts à exposer leur vie, pour s’assurer, en un moment, les prix de la victoire»… A propos de la guerre, on observe les étonnants paradoxes de l’homme démocratique, qui ne sait plus que calculer. Or la guerre égalise les conditions d’une manière radicale et abolit la concurrence de telle sorte qu’elle constitue curieusement un «remède» aux maux de la démocratie. La société démocratique suscite la concurrence de tous avec tous, et en même temps cette concurrence doit être abolie, car accepter la concurrence, c’est admettre la possibilité ou même la légitimité d’une certaine inégalité. Or l’égalité telle que se la représente l’homme démocratique est une abstraction, c’est la raison pour laquelle elle est illimitée. La passion de l’égalité ne peut être apaisée : «le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande».

La pensée ne parvient pas à concevoir le terme ultime de la tâche égalitaire, mais l’étape prochaine lui suffit, en tant qu’objectif, pour le moment présent. La reconquête de l’état de nature et l’établissement d’un Etat central se fixant cet objectif en sont respectivement la fin (égalité des conditions de la concurrence) et le moyen (pouvoir central auquel tout le monde s’identifie).

 

 

Chapitre VII. La démocratie et la nature de l’homme


La passion de l’égalité est-elle conforme ou contraire à la nature de l’homme. L’idée démocratique, «simple et naturelle» correspond à l’idée juste de la liberté», on l’a vu. Elle affirme l’égalité d’hommes évidemment semblables. En ce sens, cette passion semble bien naturelle.
Et pourtant, elle met en péril la nature de l’homme pour Tocqueville!

Elle est naturelle, et les sentiments aristocratiques apparaissent de son point de vue ce qu’ils sont effectivement, le produit de conventions ; les relations entre membres d’une même famille, codifiées et relativement froides, sont purement et simplement des artifices sociaux.

Au contraire, dans une société démocratique, les liens entre les membres d’une même famille (le fils tutoie son père!) sont beaucoup plus naturels et chaleureux.

Autre exemple : l’honneur est évident et impérieux dans une société aristocratique. Au contraire les idées générales de bien et de mal ne suscitent pas de véritables passions ni n’appellent le sacrifice de sa personne ; l’honneur qui porte sans doute sur des valeurs plus universelles, perd graduellement de sa force. De plus les sociétés démocratiques «peuplées de promeneurs solitaires très affairés» se ressemblent de plus en plus. Donc plus personne ne va se dévouer ni se sacrifier pour la communauté.

Donc, finalement : cette «idée juste de la nature de l’homme» rend la nature de l’homme incapable «des hautes entreprises propres à cette nature», à commencer par les hautes entreprises de pensée. La démocratie suppose les hommes égaux tout en sachant qu’ils ne le sont pas. Aussi s’efforce-t-elle d’interdire ou d’affaiblir le plus possible toutes les influences (celles d’homme éclairés). C’est en ce sens qu’elle tend à rapetisser la nature humaine. Elle conduit en effet à voiler et à ignorer en autrui tous les sentiments, qualités et actions qui tendraient à contredire cette égalité. En démocratie, toutes les inégalités sont constamment et légitimement suspectées. Chaque jour, chaque inégalité qui subsiste suscite une impatience plus grande.

Le projet de la démocratie est irréalisable, car la nature est productrice d’inégalités ; il est toutefois impossible de revenir en arrière, parce que le projet égalitaire est naturel suivant une idée naturelle de la liberté égale pour tous. On ne peut donc achever ce mouvement irrésistible d’égalisation des conditions ; on ne peut rendre la démocratie complètement «réelle». En revanche les gouvernements doivent s’employer à la limiter pour l’empêcher de déshumaniser l’homme en proscrivant toute forme résiduelle d’inégalité.

 

 

Chapitre VIII. La démocratie et la religion

 

Dans son éloge de la femme américaine, Tocqueville verse le respect du pouvoir patriarcal au crédit de la religion en Amérique. Les américains ont fermement maintenu la primauté masculine, qui n’est pas, selon lui, en contradiction avec l’égalité fondamentale des deux sexes ; les américains ont pensé que «toute association, pour être efficace, doit avoir un chef, et que le chef naturel de l’association familiale était l’homme» (II, p 220) Les américains ont réussi à concilier l’égalité démocratique et une sage convention héritée des temps aristocratiques.

De façon générale, la démocratie américaine révèle une dualité entre ce qui relève de l’instinct (au sens de tendance, de mouvement irrésistible) et ce qui relève de l’intelligence effort pour régler et tempérer la démocratie à l’aide des lois et des moeurs). La démocratie a besoin de règles modératrices et de modérateurs. Mais d’où la démocratie tirera-t-elle les ressources de raison et de sagesse dont elle a besoin pour se modérer elle-même?

Selon Tocqueville, seule la religion peut guider et modérer la démocratie. Elle est à la fois son dehors et sa limite. On sait que les citoyens des démocraties ont des instincts fort dangereux qui les poussent à s’isoler les uns des autres et à poursuivre d’un amour immodéré les jouissances matérielles. C’est la raison pour laquelle la religion, qui dirige leurs cœurs dans une direction opposée, leur est encore plus nécessaire qu’aux autres hommes. La religion modère leur ardeur à s’enrichir, notamment en régnant souverainement sur l’âme de la femme, qui décide des mœurs. On voit ici que pour Tocqueville, l’utilité sociale de la religion est indépendante de sa vérité intrinsèque. En revanche, le besoin d’une religion est inscrit dans la nature de l’homme. Or, aux Etats-Unis, la religion se marie harmonieusement avec la liberté démocratique. La religion y est tenue pour utile alors que la question de sa vérité est mise entre parenthèses. La religion y est une opinion commune, ce qui implique une certaine hypocrisie, commune elle aussi. Les américains affichent leur religion par utilitarisme (ou cynisme?) tous comme les anciens romains qui avaient bien compris l’utilité politique de la religion. En Amérique, la religion est un instrument entre les mains du pouvoir démocratique.

Tocqueville explique la particularité de la religion aux Etats-Unis par ses origines puritaines. Or ce qui caractérise le puritanisme, c’est la confusion du politique et du religieux. Les commandements religieux y sont la politique de la société. Par la suite, cette «fondation puritaine» s’est combinée avec l’esprit de la liberté qui lui est tout contraire. Si bien que pour finir, la religion a une influence décisive sur les mœurs américaines, mais le pouvoir de la religion est devenu le pouvoir que la société exerce sur elle-même par le moyen de la religion. La foi ardente des premiers puritains fait place au respect grave mais superficiel de la démocratie parvenue à maturité. Ainsi, en Amérique, le citoyen démocratique n’est pas un homme religieux ; mais, pour appréhender sans vertige sa liberté illimitée, il se dédouble et se réfléchit dans l’image de l’homme naturellement soumis à Dieu. La religion est bien perçue comme une convention protectrice du corps social tout en se présentant comme une religion naturelle…(au contraire en Europe la religion s’est trouvée amalgamée avec l’ordre oppressif ancien. Les révolutionnaires français ont voulu renverser à la fois l’ordre injuste et la religion au nom de l’humanité tout entière. La révolution politique était à la fois universelle et anti-religieuse) De telle sorte que la Révolution elle-même est devenue «une nouvelle religion, religion imparfaite»

 

La démocratie elle-même n’est-elle pas notre nouvelle religion? Car toute religion est ultimement régie par un dogme, celui de la démocratie est le règne incontestable de l’opinion publique. Au contraire les américains voient dans leur religion une religion «naturelle», sur la base d’un christianisme révélé qu’ils ramènent, pour ainsi dire, à l’état laïc (peu de dogmes, peu d’ascétisme et donc une grande tolérance). A la limite, le panthéisme, observe Tocqueville, serait de ce point de vue la religion la plus propre à séduire l’âge démocratique.

En résumé, pour Tocqueville, l’homme est naturellement religieux, et la religion offre la possibilité pratique de modérer efficacement les passions démocratiques en soumettant cette société, à un dehors, relevant de la pure nature, la nature de l’homme naturellement religieux. Moyennant quoi, la religion doit admettre, pour subsister et exister sainement, son entière dépendance par rapport à l’ordre démocratique.

 

La séparation du religieux et du politique n’est pour finir que l’instrument de l’harmonisation du religieux avec la politique démocratique.

 

 

Chapitre IX. Démocratie et révolution démocratique


Ce dernier chapitre est consacré au dernier ouvrage de Tocqueville, l’Ancien régime et la révolution (1856). Tocqueville s’y interroge sur les causes de « l’impuissance séculaire de la France à fonder des institutions libres»!

Une thèse décisive de l’ouvrage est que la Révolution française fut «la terminaison soudaine et violente d’une œuvre à laquelle dix générations ont travaillé». «Si bien que tout ce que la Révolution a fait se fût fait, je n’en doute pas, sans elle ; elle n’a été qu’un procédé violent et rapide à l’aide duquel on a adapté l’état politique à l’état social, les faits aux idées et les lois aux moeurs». Autrement dit, la révolution était en marche depuis longtemps car l’instrument de la transformation d’une société féodale en une société démocratique fut… la monarchie.

Comment s’est opérée cette démocratisation de la société? Par l’érosion constante du pouvoir de l’aristocratie ; ce sont d’abord les paysans qui ont cessé d’être les sujets des seigneurs, tout en subissant toujours leur oppression. Le tiers état dans son ensemble s’est enrichi et s’est cultivé, jusqu’à dépasser la noblesse parfois. Cette situation a détruit la «liberté politique», (entendez l’esprit de liberté et de responsabilité) qui garantissait le lien entre groupes sociaux pourtant différents et inégaux. La noblesse perd progressivement son pouvoir politique et son ascendant moral. Si bien que le tiers-état finit par former une nation complète qui n’a nul besoin des nobles et se passeraient même volontiers d’eux et de leurs privilèges. Mais ce détournement du politique n’a été possible que parce que le pouvoir absolu a confisqué ce qui relevait de la noblesse dans la société féodale. La liberté politique a donc disparu avant la Révolution française. Il restait toutefois des liens sociaux, des liens à l’intérieur des classes sociales. La Révolution a brisé ces derniers liens sociaux sans établir à leur place de liens politiques, préparant ainsi «à la fois l’égalité et la servitude».

Dans le chapitre de conclusion de son ouvrage, Tocqueville écrit que la Fance au 18 ième siècle a vu se développer en son sein deux passions contradictoires : «l’une profonde et violente est la haine violente et inextinguible de l’inégalité».. « l’autre plus récente et moins enracinée, les portait à vouloir vivre non seulement égaux, mais libres». Cette inégalité de force entre deux passions contradictoires explique que la Révolution ait établi l’égalité sans parvenir à fonder la liberté politique.

Ce que l’histoire de la France manifeste avec éclat, la démocratie américaine en témoigne aussi, mais de manière plus voilée. Aux yeux de Tocqueville, la démocratie américaine est une démocratie modérée et libre, c’est-à-dire une pure démocratie. Tandis que la démocratisation française, issue de l’ancien régime obéit à des principes autres que le principe démocratique. La monarchie fut un instrument de la démocratisation, mais un instrument pervers car elle a dispensé la démocratie de se gouverner.

Il existe aux yeux de Tocqueville, une convenance perverse entre démocratie et despotisme politique, parce que la démocratie et le despotisme ont ceci de commun d’être apolitiques ou antipolitiques (le despote concentrant en sa seule personne toute la vie politique de la société qu’il tient entre ses mains.

 

 

Conclusion

«Il est difficile d’être l’ami de la démocratie ; il est nécessaire d’être l’ami de la démocratie, tel est l’enseignement de Tocqueville».
«Il est vrai que la démocratie est en un sens très réel l’ennemie de la grandeur humaine ; mais les ennemis de la démocratie sont des ennemis bien plus dangereux de cette grandeur»
«Pour bien aimer la démocratie, il faut l’aimer modérément»

Pierre Manent

 

2 extraits :

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Date de création : 29/01/2007 @ 22:17
Dernière modification : 03/02/2007 @ 22:08
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2009년 12월 17일 목요일

M.S.Christofferson를 통한 푸코 다시보기

Les Intellectuels contre la gauche
Parution : 25/09/2009
ISBN : 978-2-7489-0098-9
468 pages
12 x 21 cm
25.00 euros
 
Michael Christofferson
Les Intellectuels contre la gauche
L’idéologie antitotalitaire en France (1973-1981)
Traduit de l’anglais par André Merlot
Préface de Philippe Olivera
 

Au cours des années 1970, une vigoureuse offensive contre le « totalitarisme de gauche » ébranla la vie politique française. Dans leurs livres, leurs articles et à la télévision, les intellectuels « antitotalitaires » dénonçaient, sur un ton dramatique, une filiation entre les conceptions marxistes et révolutionnaires et le totalitarisme. Issus eux-mêmes de la gauche et ne craignant qu’une faible opposition de ce côté-là, ces intellectuels ont réussi à marginaliser la pensée marxiste et à saper la légitimité de la tradition révolutionnaire, ouvrant ainsi la voie aux solutions politiques modérées, libérales et postmodernes qui allaient dominer les décennies suivantes. Capitale de la gauche européenne après 1945, Paris devenait la « capitale de la réaction européenne ».
Cette histoire de la notion de « totalitarisme » depuis la Seconde Guerre mondiale retrace notamment les étapes de son instrumentalisation pour marginaliser le PCF et peser sur les orientations de l’Union de la gauche. Faisant un sort définitif à la légende de la « prise de conscience » qu’aurait provoquée L’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne en 1974, il révèle la continuité des stratégies permettant la conversion d’intellectuels radicaux en compagnons de route d’un PS sur le chemin du pouvoir. Cet « antitotalitarisme » doit donc bien moins à la découverte d’une tradition libérale à l’anglo-saxonne qu’à la droitisation de la gauche intellectuelle et politique française.

Regarder en ligne la rencontre du 14 octobre 2009 à la librairie Tropiques, Paris 14

 

Michael Scott Christofferson est professeur d’histoire contemporaine à la Pennsylvania State University. Après une thèse avec Robert Paxton (dont ce livre est issu), il a notamment publié France during World War II : From defeat to Liberation (2006) et plusieurs articles, dont « François Furet entre l’histoire et le journalisme, 1958–1965 » (French History, 2001 ; Revue Agone 41/42, Les intellectuels, la critique et le pouvoir).

<좌파에 대항하는 지식인들 : 1973~81년 프랑스의 반-전체주의 이데올로기>(Les Intellectuels contre la gauche : L’idéologie antitotalitaire en France (1973-1981) [French Intellectuals against the Left (Berghahn Books, 2004), ouvrage tiré d’une thèse menée sous la direction de Robert Paxton]) 라는 위의 책이 지난 9월에 불어로 번역되어 나왔는데 반향이 엄청난 모양이다. 책이 나오자마자 서평들이 쏟아져 나왔고(아래에 7개의 서평 링크), 마침 르몽드 디플로마티크 한글판에서 책의 내용을 요약 소개해주는(아래 더보기에 일부 펌) 덕분에 소식을 알게 됐다. 책은 저자(Michael Scott Christofferson)의 펜실베니아 대학 박사학위논문에서 비롯됐고, 내용은 79-80년대 프랑스 지식인들의 반-전체주의적 경도의 배경에 대한 탐구로 보인다. 푸코도 이런 반-전체주의/반-공산주의의 시대적 유행에 한 몫을 했다는 비판이 책의 주 타켓인 모양이다. 그러므로 푸코도 전체주의도 -최소한 좌파의 지형에서는- '다시보기'를 해야한다는 말씀인지도...
- 책소개 영어 : http://www.berghahnbooks.com/title.php?rowtag=ChristoffersonFrench (2004)
- 동 저자의 비슷한 영어 논문(1999) : French Historical Studies 22.4 (1999) 557-611 / An Antitotalitarian History of the French Revolution: François Furet’s Penser la Révolution française in the Intellectual Politics of the Late 1970s, by Michael Scott Christofferson :
http://muse.jhu.edu/journals/french_historical_studies/v022/22.4christofferson.html
- 동 저자의 비슷한 논문(2001)에 대한 불어 서평-2009 : Michael Scott Christofferson, « François Furet entre histoire & journalisme (1958-1965) », revue Agone, 41-42 | 2009, URL : http://revueagone.revues.org/744.

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Revue de presse

- Consulter Louis Magnin Balkans-Infos, 12/2009
- Consulter De l'usage du concept de totalitarisme (1) Jean Ristat Les Lettres françaises, 7/11/2009
- Consulter Les intellos et la gauche : retour sur un divorce Éric Aeschiman Libération, 09/10/2009
- Consulter « L’antitotalitarisme n’était pas la meilleure façon de sortir du marxisme » Éric Aeschiman Libération, 09/10/2009
- Consulter Aux sources de la droitisation de l'intelligentsia française Claude Mazauric L'Humanité, 09/10/2009
- Consulter L’invention du « totalitarisme » Jean Ducange Contretemps, mai 2008
- Consulter L'anti-anti-totalitarisme Alberto Toscano RILI, septembre-octobre 2007

 

출처: http://atheles.org/agone/contrefeux/lesintellectuelscontrelagauche/